Rapport analytiqueAfrica EconomicsEn Vedette Revenu, bien-être et limites de l'appareil statistique africain : ce que le continent ne peut actuellement mesurer et ce qui en découle pour l'agenda au-delà du PIB
Le Système de comptabilité nationale 2025 intègre les comptes distributifs au standard statistique international, et la Charte africaine de la statistique oblige déjà les États membres à produire une information sociale et distributive harmonisée. Cet article examine si les systèmes statistiques africains peuvent aujourd'hui soutenir l'agenda au-delà du PIB que ces instruments présupposent, et montre que la contrainte est plus précise et plus circonscrite que le récit habituel de la pénurie. À partir d'un panel constitué de sources primaires couvrant 217 économies, dont 143 entrent dans les estimations en coupe transversale et 159 dans les estimations sur panel, nous établissons que l'étendue de la déclaration statistique africaine égale celle du reste du monde (89,1 % des séries renseignées contre 83,1 %) et que le délai médian de publication est identique. Le déficit se concentre sur les statistiques distributives : l'indice de Gini et le taux de pauvreté accusent 4 ans de retard en Afrique contre 2 ailleurs, soit précisément la composante que le standard de 2025 vient d'exiger. Seules 5 des 49 économies africaines peuvent renseigner un tableau de bord du bien-être à six dimensions.
Nous en établissons ensuite le coût analytique. Sur une coupe transversale 2022-2024, le gradient de revenu dans la satisfaction de vie est fort et log-linéaire (0,809 ; erreur type 0,050 ; n = 143) ; un ajustement local-polynomial flexible ne l'améliore en rien, et le résultat résiste à 7 transformations monotones de l'échelle, à une inférence groupée par région, à une pondération par population et à 360 spécifications alternatives. La satiété complète est écartée avec une puissance de 0,934 au seuil conventionnel. Un aplatissement partiel ne l'est pas : la puissance contre un gradient réduit de moitié n'est que de 0,410, et les tests d'équivalence n'aboutissent à aucun des 6 seuils. En testant directement le gradient africain contre le gradient mondial, sous forme d'interaction sur le panel groupé, la différence est de -1,05 (erreur type 0,611), avec un intervalle contenant zéro ; mais la différence minimale détectable est de 1,71, supérieure au gradient mondial lui-même, et l'équivalence échoue à toutes les bornes. La comparaison est non informative dans les deux sens, et son imprécision est une fonction directe de la couverture des enquêtes. La question centrale de politique publique, celle de savoir si la croissance achète encore du bien-être en Afrique, ne peut être tranchée sur le relevé existant. C'est un constat de mesure, et il est corrigible.
JEL : C81, I31, O11, O55, E01